NON à Faure GNASSINGBE : Conférence en ligne du Jeudi 8 Avril 2021

CONFÉRENCE EN LIGNE DU JEUDI 08 AVRIL 2021

Compte rendu
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Le Collectif TogoDebout a organisé le jeudi 08 Avril 2021, à 18 heures GMT, une manifestation virtuelle sous forme d’une conférence en ligne, en réaction à la venue de Monsieur Faure Gnassingbé à l’Élysée.

Cette conférence, qui a compté la participation d’une cinquantaine de personnes venues de partout, a porté sur la situation sociopolitique du Togo en général, et en particulier sur le thème Togo : une dictature sanguinaire et cinquantenaire. Les panélistes étaient Brigitte Ameganvi de Tournons la Page et Synergie-Togo, Salomon Wagbé, de la Diaspora Togolaise en Allemagne et Me Raphaël Kpande-Adzare du Front Citoyen Togo Debout (FCTD), Ancien Président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH). La modération est assurée par Karl Gaba, Coordinateur Général du Collectif Togo Debout.

Durant deux heures, les conférenciers et les participants se sont appesantis sur les problèmes sociopolitiques qui alimentent la crise togolaise et sapent le développement du pays depuis l’assassinat du premier Président démocratiquement élu, Sylvanus Olympio de regrettée mémoire.

Après le mot de bienvenue et d’ouverture de la conférence dit par le Coordinateur Général du Collectif Togo Debout, Karl Gaba, la parole fut donnée à Brigitte Améganvi. Elle a fait une introduction rappelant que selon une étude effectuée par Tournons la Page en 2015, le Togo se situe au 2ème rang des dictatures les plus vielles au monde après la Corée du Nord et avant le Gabon. Elle a souligné que 88% de la population n’a connu que la famille Gnassingbé au pouvoir depuis sa naissance, soit de 90 à 92% de la population à ce jour. Listant les six mécanismes par lesquels ces dynasties s’assurent un maintien au pouvoir pendant tant de décennies, elle a cité les assassinats et les violations massives des droits humains, les mascarades électorales, la main mise sur toutes les institutions du pays et les manipulations de la constitution pour convenance personnelle, la main mise sur l’économie et la prédation des ressources nationales, la neutralisation de tout contre-pouvoir notamment le bâillonnement de la presse, ce qui laisse le champ libre à une corruption généralisée, l’impunité garantie aux autorités pour tous les crimes de sang et crimes économiques commis.

Ce fut ensuite le tour de Me Raphaël Kpande-Adzare de nous entretenir sur la dictature des Gnassingbé au cœur des questions des droits de l’homme et la persistance de l’impunité, les prisonniers politiques, la longue liste des assassinats politiques et des exécutions sommaires et extrajudiciaires, l’ouverture du dossier de l’assassinat de Sylvanus Olympio afin que les Togolais sachent réellement ce qu’il s’est passé cette nuit du 13 Janvier 1963.

Me Kpande-Adzare est revenu notamment sur l’assassinat de masse d’Avril 2005 qui a coûté la vie à plus de mille citoyens Togolais, sur les nombreux cas d’actes de torture, de peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants, les incendies criminels des marchés de Kara et de Lomé en 2013 pour décapiter le Collectif Sauvons le Togo (CST), le musellement de la liberté d’expression et de presse, les arrestations des responsables politiques et syndicaux, des défenseurs des droits de l’Homme, les contraintes à l’exil, la mise en péril des libertés de réunion et de manifestation, le tout culminant avec l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire à des fins de conservation de pouvoir.

Ensuite Salomon Wagbé a évoqué et abordé la question de la corruption au sommet de l’État Togolais, ainsi que le pillage systématique des richesses nationales par le régime en place, ce qui gangrène encore l’économie nationale, ainsi que tous les efforts de sortie de crise.

L’orateur a su mettre en exergue les affaires Bolloré et Petrolegate dans lesquelles des officiels togolais, des membres de l’exécutif togolais, ont été nommément désignés, cités et mis en cause, et particulièrement le chef de l’État Faure Gnassingbé. Il n’a pas manqué d’inviter tous les Togolais, tous les acteurs sociopolitiques, à se mobiliser autour de ces affaires pour redynamiser la lutte.

Ce fut de nouveau le tour de Brigitte Ameganvi de nous entretenir sur les alternatives pour s’affranchir de la dictature des Gnassingbé en abordant trois points :

S’agissant de la question, cruciale, de la résorption réelle et durable de la fraude électorale et des contentieux qui en résultent, elle a déploré, au vu de l’actualité du moment, qu’aucune élection frauduleuse, aucun boycott d’élection ne soient de nos jours en mesure de rendre un autocrate infréquentable. Sur la teneur des réformes électorales, nécessaires pour obtenir des élections libres, transparentes et équitables au Togo, Brigitte Ameganvi a relevé le travail énorme et exhaustif effectué par Synergie Togo en 2009 et le CST en 2012. Constatant, avec réalisme, qu’avec une telle mainmise sur tous les rouages de la vie économique, sociale et politique du pays, le pouvoir en place au Togo n’organisera pas les élections pour les perdre. Elle a donc conclu à la nécessité de faire tomber le régime dictatorial d’abord, d’asseoir une transition politique pour tout remettre à plat et faire les réformes conformément aux vraies aspirations du peuple avant de faire des élections dignes de ce nom.

La véritable question revient alors à définir les voies et moyens pour faire tomber la dictature. L’intervenante a déploré tout en le comprenant, le fait qu’après les sacrifices énormes, les pertes en vies humaines et les exactions subies lors des mobilisations de 2017-2018, la population, dépitée, soit aujourd’hui plus préoccupée par la question de la survie au quotidien de sa famille que par un projet, incertain, de libération des griffes de la dictature. Elle s’est dit attristée que le seul métier vers lequel se tourne aujourd’hui la jeunesse soit celui du taxi moto (Zemidjan), métier parmi les plus individuels qui soient, avec un risque de précarité élevé dans des périodes de crise comme celle de la COVID-19 que nous traversons. Elle a émis le souhait que les jeunes se retrouvent, de manière plus collective, en conjuguant leurs talents et ressources, dans des projets, qui leur permettent de prendre leur destin en main tout en faisant l’apprentissage de la force du collectif et de la structuration,

Elle a abordé la nécessité d’une nouvelle approche des relations France-Togo, avec une ouverture des archives sur le crime originel, l’assassinat du père de l’indépendance et l’accès au rapport de la mission d’expertise sur les incendies des marchés de Kara et Lomé.

Elle exhorte les forces en lutte au Togo et dans la diaspora à reprendre le combat, en s’organisant par petits groupes de confiance dans un premier temps afin de se structurer, utilisant la métaphore selon laquelle les petits ruisseaux se joindront et grossiront pour former la vague déferlante qui emportera le régime dictatorial.

Après une série de questions réponses, les participants ont débattu et dénoncé avec vigueur l’attitude de la France d’Emmanuel Macron qui a décidé de recevoir son homologue le dictateur Faure Gnassingbé, en dépit de la décrépitude de la situation sociopolitique du Togo, et au mépris des valeurs et principes qu’incarne la France.

Des conclusions et recommandations ont été versées au cahier des charges du Collectif TogoDebout comme une feuille de route.

Conclusions et recommandations

À l’endroit des promoteurs et soutiens de la dictature de Lomé

La nécessité d’une prise de conscience en vue de créer une situation viable pour un vivre ensemble harmonieux ; aucune dictature n’ayant d’ami, chacun devra, un jour ou l’autre, répondre de ses actes devant l’histoire.

À l’endroit de tous les acteurs en lutte au plan interne et au niveau de la diaspora 

La nécessité de remobiliser les populations au plan national, comme dans la diaspora. Pour ce faire, chacun doit faire sa part, nous devons bien nous compter, nous rassembler, nous transcender, taire nos divergences pour faire face à l’adversaire commun que sont la dictature des Gnassingbé et le système RPT/UNIR, et comme le disait Malcolm X, « Il est temps d’outrepasser nos différences et de réaliser qu’il est dans notre intérêt de voir que nous avons le même problème ».

Une invitation particulière est faite aux opposants responsables des organisations de la société civile, au plan national, tout comme dans la diaspora, de rasseoir une nouvelle dynamique en vue de cette mobilisation pour relancer la lutte.

Étant donné qu’au plan interne, le contexte est peu clément à cause du rétrécissement progressif des espaces de libertés, il est recommandé plus d’effort au niveau des organisations et structures de la diaspora.

À l’endroit de la France et de la communauté internationale

Et quand le peuple prendra véritablement son destin en main, plus rien ne l’arrêtera. En ce moment-là, la communauté internationale devra se rappeler que les Togolais ont à plusieurs reprises attiré son attention. Elle sera obligée de subir les conséquences de la révolte du peuple.

La réunion a pris fin sur une note de satisfaction du Coordinateur Général du Collectif Togo Debout, Karl Gaba, qui a adressé ses sincères remerciements aux panélistes et aux participants pour leur prompte disponibilité. Il invite les citoyens togolais à fortement s’engager dans les organisations qui luttent contre la dictature des Gnassingbé.

Fais à Paris le 15 Avril 2021

Pour TogoDebout,

Le coordinateur général

Karl GABA

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